D’expert-comptable à comptable professionnel agréé : la mobilité France-Québec

D’expert-comptable à comptable professionnel agréé : la mobilité France-Québec

Les professionnels du chiffre sont très fréquemment au service du développement international des entreprises. C’est le cas en France, mais aussi au Québec. La mondialisation des marchés financiers a entraîné la création des normes comptables uniques (les IAS/IFRS), permettant une meilleure comparabilité des états financiers pour des sociétés établies dans des pays différents. 

Pourtant, en France, « l’ouverture à l’international des activités libérales reste encore limitée », selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Dans le domaine de la comptabilité, ce sont principalement les grands groupes qui réalisent des exportations de services, car ils s’imposent face aux cabinets de taille plus modeste sur le plan du nombre de salariés et du nombre de bureaux. Sur le territoire français, seulement une vingtaine d’entreprises réalisant des activités comptables œuvrent à l’international, sur un total de quelque 22 000 cabinets. 

L’internationalisation des professionnels de la comptabilité

Il y a donc relativement peu de mobilité internationale dans la profession comptable française, alors que le contexte mondial est favorable. Deux raisons peuvent expliquer cette situation. La première est la barrière de la langue. La seconde est liée aux différences entre les référentiels comptables. En effet, les entreprises établissant leurs états financiers conformément au référentiel international IAS/IFRS sont très souvent d’importantes entités. Pour des questions évidentes de moyens financiers ou humains, ces structures ne peuvent être approchées que par les grands cabinets français ou internationaux. Les clients étrangers potentiels de la majorité des autres cabinets de comptabilité sont des PME dont les états financiers sont établis conformément au référentiel comptable local. Ils nécessitent donc une connaissance de ces normes locales, ce qui représente un frein majeur pour les professionnels du chiffre français. 

L’internationalisation de la profession comptable est pourtant soutenue depuis plusieurs années par des institutions françaises, comme le Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables et la Compagnie nationale des commissaires aux comptes. La convention de partenariat avec Business France ou la Délégation internationale pour l’audit et la comptabilité, créée en 2005, sont des exemples de telles initiatives. 

Le Québec : une situation à part

Grâce à la maîtrise commune de la langue française et à l’arrangement de reconnaissance mutuelle (ARM) Québec-France, le Québec offre des opportunités de carrière particulièrement intéressantes aux professionnels comptables français. Cet arrangement, établi entre l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec et l’Ordre des experts-comptables de France permet en effet, sous certaines conditions, aux détenteurs du diplôme d’expert-comptable français inscrits ou non au tableau de l’Ordre des experts-comptables de France d’obtenir le titre de CPA ou de CPA auditeur et de pouvoir exercer leur profession au Québec. 

Or, jusqu’à présent, très peu de professionnels comptables français ont saisi l’occasion offerte par cet accord, comme le démontrent les données publiées dans le rapport annuel 2018-2019 de l’Ordre des CPA du Québec. On peut y lire que seulement dix nouvelles demandes de reconnaissance mutuelle ont été reçues au cours du dernier exercice, que six permis de CPA ont été délivrés et que 14 candidats sont en cours de cheminement en vue d’obtenir le titre de CPA.

La reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles offre pourtant de formidables débouchés aux professionnels du chiffre français, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre où les organisations du Québec sont activement engagées dans la recherche de professionnels comptables.

C’est une opportunité à saisir! 

 

À propos de l’auteur

Lionel SirerolLionel Sirerol est un expert-comptable mémorialiste de France établi au Québec. Son expérience en comptabilité et en audit l’a amené à travailler en France, en Polynésie française et au Québec. Il est aujourd’hui engagé dans le cheminement vers le titre de CPA québécois grâce à l’Arrangement de reconnaissance mutuelle France-Québec.